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NOVEMBRE 1999

QUOI DE NEUF

La vie en noir

Environ trois millions de Canadiens souffrent de dépression.

Lulu ne dort presque plus, à peine quelques heures chaque nuit. La compagnie qu'elle a créée il y a maintenant sept ans fonctionne à merveille bien qu'elle n'éprouve plus aucun intérêt pour son travail. Malgré le fait qu'elle a travaillé comme une forcenée pendant sept ans, elle se sent coupable et ne peut se résoudre à l'idée de laisser ses employés assumer tout le travail. Ses gestes son lents et pénibles, elle n'a plus d'énergie. Malgré tous ses efforts elle n'arrive plus à réfléchir ou à se concentrer ne serait-ce que pour suivre son émission préférée ou les nouvelles de fin de soirée.

Roger son conjoint s'inquiète, il a beau lui cuisiner ses mets préférés elle mange sans appétit, elle a d'ailleurs un peu maigri, de plus il a constaté que depuis un certain temps elle repousse constamment ses avances sexuelles. Lulu ne comprend pas ce qui se passe, elle qui débordait d'énergie il y a encore peu de temps . Des choses simples comme cuisiner, prendre sa douche ou s'habiller lui demande un effort démesuré. Elle se juge de plus en plus durement, elle se sent indigne de l'amour de ses proches car elle n'arrive plus à éprouver de sentiment pour eux et attribue son manque d'énergie et d'efficacité à la paresse et au manque de volonté.

Lulu est découragée de son état, elle voit la vie en noir, sa religion et ses valeurs lui interdisent de penser sérieusement au suicide mais par moment elle aimerait bien que le petit Jésus vienne la chercher.

Comme des millions de Canadiens, Lulu souffre de dépression. Voici quelques chiffres additionnels : on note les taux les plus élevés de dépression chez les personnes âgées entre 20 et 59 ans. Le risque de souffrir d'une dépression est deux fois plus élevé chez les femmes que chez les hommes. De 10 à 25% des femmes et de 5 à 12% des hommes traverseront au moins un épisode de dépression majeure au cours de leur vie.

Mais d'où provient la dépression ? Certaines dépressions sont associées à un déséquilibre biochimique au niveau des neurotransmetteurs, mais quelques maladies organiques peuvent aussi causer des dépressions secondaires, comme la mononucléose, l'hypothyroïdisme ou l'hyperthyroïdisme, les lésions malignes (cancer du pancréas, cancer de l'utérus), les désordres neurologiques (épilepsie, maladie d'Alzheimer, maladie d'Huntington, maladie de Parkinson), trouble du système immunologique comme arthrite rhumatoïde, etc...

Certaines dépressions sont cycliques (troubles maniaco-dépressifs). Ce trouble se caractérise par l'apparition de périodes nettement délimitées où le malade présente une humeur exaltée ou irritable qui s'accompagne d'une augmentation de l'estime de soi ou d'idées de grandeur pouvant aller jusqu'au délire avec la conviction inébranlable de surpasser tout le monde en force, en aptitudes, en richesses. Actifs, dispersés, à la recherche fébrile de contacts sociaux et d'activités agréables, les malades ne se soucient plus des conséquences de leurs actes. Ce comportement inapproprié peut mettre leur relation conjugale et leur poste de travail en danger: il s'agit de l'épisode maniaque.

La plupart des personnes atteintes connaissent aussi des épisodes dépressifs majeurs qui sont caractérisés par une humeur dépressive ou une perte d'intérêt ou de plaisir dans presque toutes leurs activités. Ces symptômes sont souvent accompagnés d'une fatigue ou d'une perte d'énergie, d'un ralentissement, du sentiment de culpabilité, d'une diminution ou augmentation de l'appétit et de trouble du sommeil. Ils se culpabilisent pour des choses qu'ils n'ont pas faites, durant ces épisodes, le risque suicidaire est très important La durée d'un épisode est très variable, de deux jours à plus de deux ans. La moitié des maniaco-dépressifs font jusqu'à dix épisodes dans leur vie, quelques-uns jusqu'à 50. Dans l'intervalle, ils peuvent généralement travailler et mener une vie normale.

Les gens qui souffrent de dépression, doivent parfois être traités par pharmacothérapie c'est-à- dire la prise de médicaments antidépresseurs. Comment les antidépresseurs agissent-ils ? Le cerveau fonctionne en transmettant des messages par l'intermédiaire d'agents chimiques. Plusieurs études menées chez des patients déprimés portent à croire qu'il y a, dans le cerveau, une quantité insuffisante du messager chimique (neurotransmetteur) connu sous le nom de sérotonine. Presque tous les antidépresseurs augmentent la quantité de sérotonine dans le cerveau. La plupart des antidépresseurs agissent à un endroit spécifique des cellules du cerveau, mais quelques-uns peuvent agir à plusieurs endroits à la fois , ce qui les rend plus efficaces.

Tous les médicaments entraînent des effets secondaires. En modifiant certains neurotransmetteurs, les antidépresseurs peuvent entraîner des effets indésirables tels que des nausées, des maux de tête, certains peuvent aggraver l'anxiété et la nervosité, réduirent la performance et le désir sexuel ainsi que causer de l'insomnie (tous les antidépresseurs actuellement commercialisés, sauf un, suppriment le sommeil paradoxal, ou REM, une phase de sommeil plus léger, durant laquelle le dormeur rêve).

Saviez-vous qu'en Allemagne 90 % des gens qui souffrent d'une dépression légère ou moyenne ne prennent pas de Prozac : ils prennent du Millepertuis, une petite fleur jaune qui fleurit à la Saint-Jean-Baptiste (d'où son nom anglais de St-John's Wort). Et de façon assez surprenante, cet alternatif semble être aussi efficace que le Prozac sans aucun des effets secondaires. De quoi inquiéter Eli Lilly and Compagny, la compagnie pharmaceutique pour qui le Prozac génère des revenus de plus de un milliard de dollars chaque année en Amérique du Nord seulement.

Sonia Faggion


Sources :
Bristol-myers Squibb (La clé du traitemen de la dépression et La dépression et l'observance)
Momento (Santé et Science)
Edicom : Santé : Psycho : Maniaco- dépression