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MAI-JUIN 2000

D'hier à aujourd'hui

Du mythe grec à l’art culinaire moderne : Le laurier sauce.

«Laurier, sacré rameau qu’on veut réduire en poudre, vous mettez la tête à couvert de la foudre» (Horace de Corneille).

Myrca cerfera L. ou encore Laurus nobilis si l’on s’intéresse à l’appellation scientifique du Laurier sauce. Si l’on préfère toutefois utiliser ses noms familiers, nous dirons alors myrique, cirier ou encore arbre-à-suif, pour nommer cet arbuste vivace à fleurs blanchâtres discrètes, de la famille des Lauracées.

Très prisé notamment en cuisine (ses feuilles persistantes et coriaces, sont utilisées comme condiment une fois séchées), le laurier fait aussi figure de végétal mythique, dont les différentes utilisations symboliques dans les légendes et les coutumes anciennes ou plus récentes, sont toutes aussi diversifiées les unes que les autres. Cet arbuste, provenant des régions méditerranéennes, a donc su, à travers les diverses périodes historiques et espaces géographiques, s’accaparer de nombreux titres de noblesse. N’utilise-t-on pas d’ailleurs couramment l’expression «être couronné de laurier» pour signifier ainsi que nous avons reçu une mention d’honneur, tous secteurs d’activités (professionnel, récréatif ou encore scolaire) confondus? Plongeons plus avant dans l’univers mythique de cet arbuste sacré par excellence.

Le laurier est consacré à Apollon, car c’est pour qu’elle échappe à ses entreprises de séduction que les dieux changèrent la nymphe Daphné en ce végétal. Mais Apollon l’embrassa, lui conférant «la vie éternelle». Ce symbolisme d’immortalité, lié d’ailleurs à tous les végétaux à verdeur perpétuelle, fut ensuite repris et transformé par les Romains, qui en firent l’emblème de la paix, de la victoire et de la gloire, tout aussi bien des armes que de l’esprit. En Chine, la plante est également associée au principe d’éternité où la lune, assure-t-on, contient un laurier et un immortel. La mythologie le considère également comme un arbuste d’expiation : un laurier poussa à l’endroit où Oreste vint expier son parricide. Notons également que dans l’Antiquité, une catégorie de devins, appelés les Daphnéphages, le front ceint de laurier, mangeaient de ses feuilles avant de rendre leurs oracles. Pratiquée encore de nos jours, la daphnomancie, ou divination par le laurier, consiste à interpréter les présages positivement ou négativement en observant la façon dont les branches de laurier brûlent dans un feu. Au Moyen Âge encore, suivant la tradition romaine, on couronnait de petites branches de laurier les poètes, savants et nouveaux diplômés d’université, d’où le fameux baccalauréat, du latin bacca laurea ou «baie de laurier».

Cette plante majestueuse, utilisée pour purifier les autels et les lieux de culte, avait aussi, d’après les Anciens, le pouvoir de protéger les êtres humains des mauvais esprits, des maladies, poisons, piqûres de scorpion et maléfices. En fait, Esculape, dieu de la Médecine, est traditionnellement représenté avec une couronne de laurier. Ainsi, posséder chez soi quelques branches de laurier assure la santé. En Bretagne, autour du XIX siècle, on croyait guérir un fiévreux en plaçant sur sa poitrine du laurier. Contre la colique, on suggérait de faire macérer quelques baies de l’arbuste dans du vin, et contre le torticolis, d’envelopper son cou d’une serviette contenant des feuilles chaudes de laurier. Toujours en Bretagne, les infusions de laurier étaient utiles pour contrer les orgelets. Aussi, on croyait généralement qu’une ou deux cuillerées de poudre de laurier sec délayées dans de l’huile d’olive, le tout placé sur un linge et appliqué sur le nombril de la femme, favorisait l’accouchement. Par contre, placé derrière l’oreille, le laurier empêchait l’ivresse, et un brin sous l’oreiller garantissait de beaux rêves ou encore des songes prémonitoires. De nos jours, le laurier est encore utilisé en tant que tonifiant, dépuratif, désobstruant (entre autres des sinus), astringent, nettoyant (des muqueuses du tube digestif) et pour soulager les affections des oreilles et des yeux.

Bref, des pratiques traditionnelles à celles plus actuelles, le laurier, de par sa polyvalence et surtout son efficacité à contrer certains problèmes de santé, démontre de nos jours encore, toute sa noblesse et sa persistance à demeurer utile dans la pratique de soins particuliers et ce, à travers diverses aires géographiques. Pas étonnant qu’on en ait fait l’emblème de l’immortalité. Encore moins qu’on l’utilise à toutes les sauces, notamment celles que l’on consomme avec les pâtes!



Référence bibliographique:

CHEVALIER, Jean., GHEERBRANT, A. Dictionnaire des symboles, mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres. Éd. Robert Laffont/Jupiter., Coll. : Bouquins. 1982.
MOZZANI, Éloïse. Le livre des superstitions, mythes, croyances et légendes. Éd. Robert Laffont., Coll. : Bouquins. 1995.
MERCIER, André-Louis. Enquête sur les végétaux dans le folklore et l’ethnographie in L’Ethnographie. Paris, 1952-1963.