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JUILLET-AOÛT 2001

QUOI DE NEUF

Les enfants obèses
une tendance alarmante

L’obésité a atteint des proportions épidémiques au Canada, dans la plupart des pays industrialisés et même dans certains pays en voie de développement. Le nombre de personnes qui souffrent d’un excès de poids, égale maintenant le nombre de personnes qui souffrent de malnutrition sur la terre.

Au Canada, le nombre d’enfants atteints d’une surcharge pondérale ne cesse d’augmenter. Selon une étude récente publiée dans le journal de l’association médicale canadienne, le pourcentage d’obèses chez les garçons a augmenté de 92%, et de 57% chez les filles entre 1981 et 1996. La prévalence de l’obésité chez les jeunes a donc plus que doublé durant cette même période.

Une tendance alarmante, quand on sait que 50% des obèses de plus de 6 ans seront obèses lorsqu’ils atteindront l’âge adulte et que 80% des adolescents obèses le resteront à l’âge adulte. C’est un problème majeur, car l’obésité augmente de façon générale les risques de problèmes de santé ; elle élève l’incidence des maladies cardio-vasculaires, de l’hypertension, du diabète, de certains types de cancers, de complications arthritiques et de la goutte.

De plus, les enfants obèses sont en butte à des difficultés sociales et psychologiques traumatisantes, ainsi qu’à un risque accru d’hypercholestérolémie et d’éventuels problèmes orthopédiques.

À l’origine de cette tendance, on trouve au moins deux facteurs. En fait, les experts s’entendent pour dire que les jeunes ne font pas assez d’exercices. Une enquête publiée l’an dernier a constaté que parmi les enfants de 10 à 15 ans, le risque d’embonpoint était 4,6 fois plus élevé chez ceux qui regardaient la télévision plus de cinq heures par jour, que chez ceux qui ne la regardaient que deux heures ou moins. Le temps que les jeunes passent devant le petit écran, ils ne le passent pas à jouer dehors ou à faire du sport. De plus, on considère que la télévision contribue grandement à l’obésité, à cause de toutes ces annonces publicitaires qui font la promotion de mauvaises habitudes alimentaires.

Le gouvernement du Québec interdit toutes publicités destinées aux enfants de moins de treize ans. Radio-Canada et Télé Québec ne diffusent aucune annonce pendant leurs émissions jeunesses, mais il faut savoir que les jeunes écoutent aussi des émissions d’adultes, une de leurs préférées est " la petite vie " commanditée par les gâteaux Vachon. Il y a aussi les chaînes privées, telles que Télétoon, sans oublier les Simpsons à TQS. Une étude réalisée à l’Université du Minnesota a démontré que les enfants sont bombardés par trois heures d’annonces de nourriture par semaine. Les jeunes sont vulnérables, car ils ne comprennent pas que les réclames publicitaires sont conçues pour vendre des produits. Ils n’ont pas l’aptitude nécessaire pour évaluer la publicité.

Un autre facteur d’obésité chez les jeunes est la popularité du prêt-à-manger " Junk Food ". Les trios hamburger-frites cola, ont le vent dans les voiles. Le Junk Food est devenu un mode de vie plutôt qu’une récompense, il a même fait son entrée dans les écoles.

Les fabricants d’aliments et les chaînes de restaurant encouragent les gens à manger plus par leurs promotions, leurs politiques des prix et leurs emballages. Selon les chiffres publiés aux Etats-Unis, un hamburger moyen est trois fois plus gros aujourd’hui qu’il y a 40 ans et le format des boissons gazeuses est passé de huit onces en 1957, à 32 et 64 onces aujourd’hui.

Les compagnies de boissons gazeuses ont envahi les écoles et les universités, elles commanditent des événements pour les jeunes.

Coca-cola a signé un contrat de 1.5 million de dollars avec l’Université du Québec à Trois-Rivières, qui elle, s’est engagée à vendre 3984000 canettes sur une période de 10 ans. Coca-cola a aussi une entente d’un demi million de dollars sur cinq ans avec la Commission Scolaire des Découvreurs dans la région de Québec ; ladite compagnie a installé des distributeurs automatiques dans les écoles secondaires.

L’Université de Montréal a préféré Pepsi de son côté, en échange de 10 millions de dollars sur 10 ans. Elle a accepté de lui donner l’exclusivité : les 80 distributeurs de la compagnie Pepsi passeront à 200 sur le campus.

Pepsi est une multinationale qui possède Pizza Hut, Poulet Frit Kentucky, Taco Bell, 7Up, Ocean Spray, Mountain Dew, Hostess Froto Lay, etc… Elle commandite plusieurs évènements dont le salon " Pepsi jeunesse ". Or, ce n’est peut-être pas un hasard si la " génération Pepsi " est une génération bouffie. Bien qu’il ne s’agisse pas là de l’unique raison, il faut savoir que les boissons gazeuses contiennent environ 10 cuillerées à thé de sucre par canette.

Selon le docteur Pierre Gosselin, de l’Institut Nationale de Santé du Québec, au Canada, la moitié des adultes et le quart des jeunes sont désormais trop gros. L’impact sur la santé pourrait bientôt rivaliser avec celui du tabac, qui tue 40 000 canadiens par année.

Le docteur Jean-Pierre Després, professeur à la chaire en nutrition et à la prévention des maladies cardiovasculaires de l’Université Laval, affirme que l’on court vers une catastrophe nationale et que le principal coupable n’est pas le gras, mais le sucre raffiné, complètement inutile à notre alimentation. " L’industrie sait quoi faire pour favoriser la consommation dit-il. Il faut que les aliments aient du goût, donc du sucre. L’américain moyen consomme plus de 60 kilos de sucre par année. À force de se gaver de sucre, notre organisme en réclame. Des études menées avec des rats de laboratoire ont montré que le sucre est une vrai drogue, dont il est difficile de se sevrer ! "

Avec l’aide de chimistes alimentaires, le docteur Paul Thomas, qui traite l’obésité depuis 23 ans, a élaboré une recette industrielle pour produire des chips à forte teneur en protéines et faible teneur en glucides. Un fabricant connu a été approché, mais les problèmes de mise en marché ont vite surgi . Après avoir mangé six ou sept croustilles, le consommateur se sentait gavé et refermait le sac ! " Les protéines diminuent l’appétit et les glucides l’augmentent souligne le médecin. Alors pour l’industrie, il est plus intéressant de fabriquer des chips pleines de glucides et vides de protéines ! " De plus, les protéines coûtent dix fois plus chères à produire que les glucides. L’idéal pour l’industrie est donc un mélange de sucre et de gras qui laisse le mangeur sur son appétit

De tout temps, les enfants ont préféré les bonbons au brocoli, mais il faut trouver des moyens de transformer ces mauvaises habitudes alimentaires. Il est impératif de faire bouger les enfants, de veiller à ce qu’ils consomment et à quel moment ils le font.

Sonia Faggion

Sources :

Le réseau canadien de la santé.
Ca se discute jour après jour : Les enfants obèses (dossier).
La situation des enfants dans le monde : La malnutrition dans les pays industrialisés.
La presse : La pub et la fringale, Le drame des enfants obèses.