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JANVIER-FÉVRIER 2000

D'hier à aujourd'hui

La nourriture du cerveau
Gotu Kola

Gotu Kola ou Centella asiatica. Les pachydermes en consomment quotidiennement une quantité considérable. N'utilise-t-on pas l'expression populaire " avoir une mémoire d'éléphant "? En effet, on s'entend pour dire que cette plante nénuphar de la même famille que le persil (famille des Apiaceae-Umbelliferae), augmente l'acuité intellectuelle en favorisant la concentration et en stimulant la mémoire. Mais ce n'est qu'une propriété associée à cet étrange végétal parmi tant d'autres, comme nous le constaterons un peu plus avant.

Originaire des zones chaudes des deux hémisphères, l'espèce, vieille de quelques centaines de milliers d'années, abonde principalement dans les régions marécageuses du Sri Lanka, de l'Inde de l'Est, de l'Afrique du Sud, Madagascar ainsi que dans les régions tropiques des Amériques. Outre ces grandes aires géographiques de distribution, nous la retrouvons aussi dans certaines zones de l'Europe Centrale.

D'un point de vue morphologique, la plante varie dans sa forme et sa constitution, suivant l'environnement physique où elle se trouve. À titre d'exemple, mentionnons qu'en milieu humide, ses petites feuilles, à la manière d'un nénuphar, flotteront à la surface des points d'eau. En milieu plus sec, ses feuilles seront encore plus petites et fixées à davantage de racines, lesquelles courent sur le sol et s'arriment à la terre pour en extraire l'eau vitaminée. Dans ce dernier cas, la plante pourra aussi produire de minuscules fleurs rosâtres. De façon générale, il s'agit donc d'une variété végétale de type rampante, racines au sol ou sur l'eau et ramifiées, surmontées de petites feuilles caduques d'un vert tendre.

Ses propriétés curatives, à maintes reprises historiquement vérifiées, ainsi que ses utilisations traditionnelles, sont considérables. En Inde par exemple, le Gotu Kola était utilisé pour son potentiel bénéfique dans le traitement de la lèpre et de la tuberculose. Au Sri Lanka, en Afrique du Sud, au Pakistan, en Malaisie et dans certaines parties de l'Europe Centrale, cette variété végétale était traditionnellement utilisée comme purificateur sanguin et encore, fréquemment employée dans le traitement de problèmes cutanés divers. De plus, on s'en servait aussi pour prévenir le cancer ou encore l'arthrite. Enfin, on employait le Gotu Kola comme tonique du système nerveux et aphrodisiaque, et encore, dans le traitement des désordres mentaux et circulatoires. Exportée un peu plus tard en Chine, dans la médecine traditionnelle, on croyait que la Centella asiatica accentuait la longévité et on utilisait abondamment l'expression "fontaine de jouvence ", lorsqu'on parlait des vertus de cette petite plante.

Outre ses nombreuses propriétés curatives, on a longtemps pensé que cette plante nénuphar contenait de la caféine puisqu'elle agissait comme un tonique ou un stimulant puissant du système nerveux. Or, étant constituée de glucosides, de catéchol, de magnésium et de vitamine k, pour ne nommer que ceux-là, on a remarqué très vite qu'à forte dose ou consommée en grande quantité, elle agissait plutôt en tant que sédatif, d'où son emploi fréquent par les yogis pour faciliter la méditation et les visions, de par ses qualités purificatrices et équilibrantes de " l'esprit ".

De nos jours, le Gotu Kola est utilisé dans le domaine médical pour prévenir ou traiter les insuffisances circulatoires, les inflammations musculaires ainsi que les infections sanguines. D'autres recherches récentes tendent enfin à démontrer que cette plante a effectivement des effets bénéfiques et puissants pour contrer les problèmes chroniques de peau, tels que les ulcères (plaies) cutanés, la cellulite ou encore l'œdème. Bref, les éléphants sont peut-être moins "bêtes " que nous le pensons et, peut-être qu'un jour, si ce mammifère continue à ingurgiter une quantité astronomique de Centella asiatica, nous assisterons à une sorte de "mutation cutanée" et, au lieu que sa peau nous apparaisse comme rugueuse, nous constaterons qu'elle est en fait aussi lisse et douce que celle d'un nouveau-né.

Kathia Roy

Références bibliographiques :

DUKE, J.A. Handbook of Medicinal Herbs. Boca Raton. FL : CRC Press. 1985. 110-1.

KARTING, T. Clinical applications of Centella asiatica (L). In : Herbs, Spices and Médicinal Plants : Recent Advances in Botany, Horticulture and Pharmacology. Vol. 3 ; Ed. Le Cracker. JE Simon. Phoenix, AZ : Onix Press. 1986. 145-73.